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mardi 12 mai 2015

Le Corbusier au Centre Pompidou

Le centre Pompidou présente, jusqu'au 3 août 2015, une exposition intitulée Le Corbusier. Mesures de l'homme. Il s'agit d'une rétrospective non exhaustive mais sans grande impasse sur l’œuvre de l'architecte. Le Modulor est naturellement bien mis en valeur, mais le thème des "mesures de l'homme" ne joue par ailleurs qu'un rôle assez subliminal en tant que fil conducteur de l'exposition. Implicitement, l'exposition essaye par ailleurs de revaloriser les peintures et les sculptures du Corbusier en les confrontant systématiquement à ses livres et à ses constructions. Cette entreprise est peu probante : quand elles ne sont pas intégrées à des bâtiments, les œuvres peintes ou sculptées de l'architecte peinent vraiment à dépasser l'évocation de celle de Fernand Léger ou de  Picasso. Sagement chronologique, l'exposition reste par ailleurs étroitement centrée sur la personne du Corbusier et sur l'exploration esthétique de son travail : ses relations avec les maîtres d’œuvre ou avec ses collaborateurs et son rapport à la politique sont très peu évoqués. Il ne s'agit donc pas de la grande exposition rétrospective qu'on pouvait espérer, sans trop y croire cependant, compte tenu de l'importance démesurée de l’œuvre du Corbusier. Mais c'est une bonne introduction à la dimension esthétique de celle-ci. Rien que pour les magnifiques axonométries des années 1920 et pour les très nombreuses publications de Le Corbusier sous forme de revues et de livres, cette exposition vaut incontestablement le détour. 

https://www.centrepompidou.fr/cpv/ressource.action?param.id=FR_R-8f8d423bac2b3aa1d3d51c882cb768c7&param.idSource=FR_E-4db6946e85e36d2f59263e519c45e65

dimanche 19 octobre 2014

Franck Gehry au centre Pompidou

Après, Norman Foster et Bernard Tschumi, le centre Pompidou poursuit sa politique de rétrospectives consacrées à de grands architectes contemporains, toujours en lien avec l'inauguration de réalisations importantes à Paris, en l'occurrence la fondation Louis Vuitton par Franck Gehry. Né au Canada en 1929, mais formé à Harvard et ayant commencé sa carrière en Californie, Gehry a essentiellement construit des villas aux États-Unis pendant les années 1960 et 1970 avant de se tourner vers une architecture déconstructiviste, volontiers grandiose et sculpturale, mais décontextualisée et peu préoccupée d''écologie, ce qui l'a amené à travailler essentiellement pour des clients fortunés. L'exposition prend peu de distance avec l’œuvre de l'architecte, n'insistant peut-être pas assez sur le précédent qu'a constitué le Guggenheim de Bilbao et n'évoquant pas l'attribution du prix Pritzker à Gehry en 1989 mais évitant soigneusement, par ailleurs, de mentionner le bâtiment très controversé construit par Gehry pour l'American center de Paris (actuelle cinémathèque française). D'autre part, l'exposition passe trop rapidement sur le travail d'urbanisme de Gehry. Mais elle mérite quand même le détour, surtout pour les imposantes et souvent magnifiques maquettes grâce auxquelles les collaborateurs de Gehry tentent de donner forme aux esquisses très succinctes issues de ses premières inspirations.

vendredi 30 mai 2014

Rétrospective Bernard Tschumi au Centre Pompidou

Le Centre Pompidou présente, jusqu'au 28 juillet 2014 une rétrospective de l’œuvre de l'architecte franco-suisse Bernard Tschumi. Né à Genève en 1944, fils de l'architecte suisse Jean Tschumi (1904-1962), Bernard Tschumi a suivi des études d'architecture à l'école polytechnique de Zurich, tout en travaillant en France, en Grande-Bretagne et aux États-Unis où il est devenu enseignant. A travers une présentation à la fois thématique et chronologique de son œuvre, on découvre que Tschumi a longtemps réfléchi sur l'architecture avant de construire et d'enseigner. Il a naturellement reçu l'influence de son père dont un magnifique dessin de 1932 est exposé en fin parcours, mais il aussi été marqué par Le Corbusier ainsi que par Candilis, Josic et Woods dans l'agence desquels il fait un stage. Il a aussi été marqué par les artistes qu'il a rencontrés à New Yok, parmi lesquels figurait notamment Cindy Sherman. Mais Tschumi affirme aussi avoir beaucoup appris des cinéastes : le Frankenstein de James Whale, les auteurs de la Nouvelle Vague et surtout l'Alexandre Nevski d'Eisenstein l'ont apparemment profondément marqué. En outre, il a utilisé, pour élaborer certains de ses concepts, les écrits de plusieurs figures de proue de la french theory : Foucault, Barthes et surtout Derrida dont il s'est évertué à appliquer à l'architecture le concept de "déconstruction". Mais l'exposition n'est bien sûr pas seulement une biographie intellectuelle de l'architecte, elle propose une vision d'ensemble de son œuvre, à travers des maquettes et de très nombreux dessins, de ses projets théoriques des années 1970 à la rénovation du zoo de Vincennes en passant par le parc de la Villette et ses folies. L'ensemble s'avère très intéressant, notamment si on prend le temps de visionner le film qui introduit l'exposition et qui permet de mieux comprendre les théories parfois sophistiquées de Tschumi.

http://www.centrepompidou.fr/cpv/ressource.action?param.id=FR_R-89a7b47148deddfcc3d238eb55e47b6&param.idSource=FR_E-89a7b47148deddfcc3d238eb55e47b6

lundi 1 avril 2013

Eileen Gray au Centre Pompidou

Le centre Pompidou présente, jusqu'au 20 mai 2013, une rétrospective de l'œuvre d'Eileen Gray (1878-1976). On en apprend très peu sur le milieu et sur la formation de Gray, née en Irlande, l'exposition essentiellement chronologique étant centrée sur les différentes techniques successivement maîtrisées par l'artiste, de la laque sur bois à l'architecture, en passant par la conception de mobilier. 
L'ensemble est peu mis en relief, faute peut-être d'archives suffisantes. Eileen Gray nous est présentée comme une artiste d'avant-garde, d'une grande importance pour l'histoire de l'architecture, mais on comprend mal comment elle est passée du meuble à l'architecture. On ignore, concernant le mobilier, si elle s'est préoccupée de déposer des brevets pour commercialiser ses créations ou si, comme il le semble, elle s'est contentée de travailler sur commande pour une clientèle aisée. 
Bien que l'exposition soit sponsorisée par Marie-Claire, elle ne nous dit rien de la difficulté d'être une femme artiste pendant la première moitié du vingtième siècle : une comparaison avec sa cadette Charlotte Perriand (1903-1999) aurait été intéressante, d'autant plus que les deux femmes ont fréquenté Le Corbusier (l'exposition consacrée à Perriand au Petit Palais en 2011 était beaucoup plus convaincante) . 
A l'exception de quelques meubles effectivement modernes et très ingénieusement conçus (c'est notamment le cas de plusieurs paravents présentés), l'ensemble déçoit, en particulier la mythique villa E1027 de Roquebrune-Cap-Martin conçue avec Jean Badovici. Pas inutile donc, mais pas indispensable non plus. 

http://www.centrepompidou.fr/cpv/ressource.action?param.id=FR_R-aaf2fdf88fa74c39fd857aab8506811&param.idSource=FR_E-18c51835e9fd47c1d213c6cc5336f774

Eileen Gray, Paravent, 1923.

dimanche 26 août 2012

"La Tendenza" au Centre Pompidou




Le Centre Pompidou présente, jusqu'au 10 septembre prochain, une exposition intitulée La Tendenza. Architectures italiennes 1965-1985. Il y est question d'architectes, nés entre 1900 et 1930, qui ont profondément rénové l'architecture italienne entre la reconstruction de l'après-guerre et le début des années 1980. Au début de cette période, ces architectes cherchent à concilier de manière intelligente l'héritage de l'histoire et un modernisme bien tempéré. A quelques exceptions près, comme la très imposante tour Velasca de Milan, les architectes de la Tendenza conçoivent des projets et ils écrivent beaucoup, mais ils construisent peu. La consécration intervient pendant les années 1970 et 1980 au cours desquelles les œuvres d'Aldo Rossi, construites autant qu'écrites connaissent un grand retentissement et pas seulement en Italie. Ce succès s'accompagne cependant d'un appauvrissement considérable des premières ambitions du mouvement : la subtile recherche d'un équilibre entre les besoins présents et la préservation du patrimoine finit par de grossiers empilements de formes géométriques, pas si loin des parodies post-modernes de Las Vegas. Cette histoire qui avait bien commencé finit donc assez mal... A l'image d'un mouvement ambigu dans son rapport à l'histoire, l'exposition ne convainc pas complètement : les nombreux dessins et maquettes sont très bien présentés mais trop peu remis en contexte , on ignore tout de la structuration de la Tendenza et de la formation des architectes ayant participé à ce mouvement, de leur rapport à l'héritage si ambigu de l'architecture de la période fasciste ; les textes n'évoquent par ailleurs ni l'économie de l'Italie des Trente glorieuses, ni les courants architecturaux alors dominants dans le pays... Autant d'informations qu'il faudra chercher dans le catalogue de l'exposition. La Tendenza mérite cependant incontestablement le détour ne serait-ce que par la qualité de certaines des œuvres qui y sont exposées. 


http://www.centrepompidou.fr/Pompidou/Manifs.nsf/0/DCA9354D46FCB800C125795F004B4956?OpenDocument&L=1