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mardi 8 août 2017

La Seine en photos

On peut voir jusqu'au 30 novembre 2017, au domaine de Madame Élisabeth, à Versailles, une exposition de 35 photos de la Seine, prises dans les départements des Hauts-de-Seine et des Yvelines. Cette exposition a été organisée "en étroite collaboration" par les deux départements, dans le but de montrer que la Seine est un atout exceptionnel : lieu d'habitation (les péniches), site de villégiature et de loisirs (notamment les îles non habitables), plateforme logistique (le port de Gennevilliers), la vallée de la Seine est très densément peuplée et aussi chargée d'histoire. La Seine sert par ailleurs de "trait d'union" entre le département des Yvelines et celui des Hauts-de-Seine, constituant entre eux un "capital commun" s'ajoutant à "nos complémentarités" selon un éditorial du président du conseil départemental des Yvelines Pierre Bédier (éditorial accompagnant les photos et lisible en cliquant sur le lien ci-dessous qui renvoie au dossier de presse de la manifestation). On sent bien que si les départements d'Île-de-France n'avaient pas été créés de toute pièce en 1964-1968, en fonction de critères politiques autant que géographiques ou historiques, les concepteurs de l'exposition n'auraient pas hésité à évoquer un lien immémorial entre les Yvelines et les Hauts-de-Seine. En fait, dans le cadre des redécoupages administratifs qui touchent l'ensemble du pays après avoir commencé en Île-de-France avec le projet du Grand Paris (fusion de communes, division par deux du nombre de cantons, intercommunalités obligatoires, diminution du nombre de régions, etc.), les deux départements se sont engagés dans une fusion à marche forcée, certes unis par la Seine mais surtout par une sociologie assez comparable : en 2015, les Hauts-de-Seine et les Yvelines se classaient en deuxième et troisième position (derrière Paris) au palmarès des départements les plus riches (en terme de revenus déclarés par foyer à l'administration fiscale), alors que la Seine-Saint-Denis est classée quatre-vingt-douzième sur 101 départements... Seine-Saint-Denis avec laquelle la Seine pourrait constituer un "trait d'union" tout aussi pertinent pour les Hauts-de-Seine, comme d'ailleurs avec n'importe lequel des sept autres départements d'Île-de-France que la Seine traverse tous plus ou moins.

 

Même si le prétexte est donc loin d'être convaincant, on ne peut que recommander cette exposition, qui fournira l'occasion à ceux qui ne le connaissent pas de visiter le parc du domaine de Madame Élisabeth, "notre beau parc du Domaine" comme l'écrit Pierre Bédier, où Madame Élisabeth, sœur de Louis XVI, "vécut des journées heureuses" avant que la Révolution mette "fin à son bonheur" (cf. le dossier de presse ci-dessous). On pourra aussi en profiter pour lire ou relire à l'ombre des grands arbres du parc le dernier livre d'Aurélien Bellanger, justement intitulé Le Grand Paris, dans lequel l'auteur imagine une fusion-absorption des Hauts-de-Seine par la Seine-Saint-Denis... 

http://www.epi78-92.fr/fileadmin/user_upload/Presse/DP_expo_Seine7892.pdf

http://www.journaldunet.com/economie/impots/classement/departements/revenu-fiscal 

http://histoiredelarchitecture.blogspot.fr/2017/01/le-grand-paris-daurelien-bellanger.html

vendredi 27 janvier 2017

"Le Grand Paris" d'Aurélien Bellanger

Aurélien Bellanger a publié La Théorie de l'information (2012) et L'Aménagement du territoire (2014), deux romans évoquant largement l'architecture, l'urbanisme et, comme l'indique le titre du second de ces deux romans, l'aménagement du territoire. Son troisième roman, paru au début de l'année 2017 est intitulé Le Grand Paris. A. Bellanger semble y répondre au dernier roman de Michel Houellbecq, Soumission (2015), notamment pour ce qui concerne la place politique et sociale de la religion musulmane en France. Comme Houellebecq, Bellanger évoque les travers de la communication politique moderne et les stratégies dites de "triangulation" adoptées par certains partis. Mais le roman de Bellanger vaut aussi beaucoup pour la place accordée par l'auteur à des réflexions sur l'architecture et l'urbanisme (ce qui le rapprocherait plus d'un autre roman de Houellebecq, La Carte et le territoire). 
Le protagoniste principal du roman de Bellanger appartient à une famille d'ingénieurs associés depuis plus d'un siècle à l'aménagement de l'agglomération de Paris. Il décide au début des années 2000 de devenir urbaniste et, après un voyage initiatique dans le désert algérien, il s'implique en politique aux côtés du Prince (i. e. N. Sarkozy), président de droite qu'il convainc de lancer le "Grand Paris". 
Comme il l'avait déjà fait dans ses deux premiers romans, Bellanger recourt abondamment aux théoriciens des sciences sociales des années 1960-1970, cette fois-ci pour interpréter les rapports de domination entre les Hauts-de-Seine et la Seine-Saint-Denis, rapports qui s'inversent lentement sous les yeux du narrateur dans ce qui constitue la partie centrale du livre. Mais, si Bourdieu et Foucault sont plusieurs fois cités, c'est toujours en passant : c'est bien à un roman qu'on a affaire et non à un essai. 
Dans la dernière partie du livre, le "Grand Paris" est enfin lancé par "le Prince" après avoir été présenté à la Cité de l'architecture...      

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mercredi 31 décembre 2014

"L'Aménagement du territoire" (2014) par Aurélien Bellanger

Dans La Théorie de l'information, publiée en 2012, Aurélien Bellanger (né en 1980) retraçait dans un style très documenté évoluant insensiblement vers la prose poétique, l'essor de l'aviation et des nouvelles technologies de l'information dans la banlieue ouest de Paris, en s'inspirant librement du parcours de Xavier Niel, le fondateur de Free. Ce premier roman traitait souvent d'architecture et d'urbanisme, l'auteur évoquant longuement, par exemple, la construction du centre commercial de Parly II au Chesnay. Dans L'Aménagement du territoire, A. Bellanger se penche sur le destin de deux dynasties alliées mais rivales d'un petit village fictif de la banlieue de Laval, bouleversé par les travaux du TGV Paris-Rennes. Les deux familles prospèrent dans l'agriculture et surtout dans le BTP, tout en produisant quelques rejetons qui se tournent vers la politique, les sciences humaines, l'occultisme ou le militantisme écologique. Comme dans son premier roman, l'auteur recourt systématiquement au style indirect libre, cantonnant volontairement ses personnages à des archétypes chargés d'incarner les différentes forces en présence dans cette science typiquement française qu'est l'aménagement du territoire. Il est donc, dans ce roman, question de géologie, d'histoire, de patrimoine, d'archéologie préventive, de la modernisation de l'agriculture française, des paysages bocagers de la Mayenne et de l'Ouest, de sociétés secrètes et de politique, d'autonomisme breton et de redécoupage des régions ainsi que de la place des grandes infrastructures aéroportuaires et surtout ferroviaires dans la géographie française. L'architecture est aussi évoquée, même si c'est le plus souvent de manière indirecte. L'ensemble, transcendé par une écriture poétique et efficace s'avère passionnant. 

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Ci-dessous, un extrait évoquant l'opinion d'André Taulpin, chef d'un géant du BTP dans le roman, sur la gare de Besançon (p. 199) : 

"La nouvelle gare TGV de Besançon était une caricature de l'envahissant et inhumain pouvoir des environnementalistes. Il n'était plus permis de construire des monuments en France. Ils étaient des insultes au paysage. Le dernier monument construit en France, il devait le reconnaître, l'avait été à l'instigation du président Mitterrand : c'était la pyramide du Louvre. Il n'y avait plus rien eu depuis. Tout était désormais ramassé, consensuel et honteux. La gare de Besançon, Franche-Comté TGV, située dans une zone forestière, était à demi enterrée et recouverte d'un substrat végétal. C'était un projet à Haute Qualité Environnementale. Les escaliers eux-mêmes, dont la nature brutale était depuis longtemps dénoncée par les associations de handicapés, avaient été remplacées par des rampes d'accès inclinées dont les pentes trop douces formaient d'interminables zigzags ; l'ensemble donnait l'impression qu'on avait, après l'avoir déjà chassée du centre-ville et obligée à se conformer à des normes humiliantes, voulu écraser la gare pour la faire disparaître. Elle n'avait bien sûr pas été inaugurée par le président de la République, mais par son ministre de l'Ecologie".