dimanche 14 juillet 2013

"Interférences. Architecture France-Allemagne 1800-2000" à Strasbourg

Plus qu'une semaine pour voir au musée d'art moderne et contemporain de Strasbourg l'excellente exposition intitulée Interférences dont le commissariat a été assuré par Jean-Louis Cohen et l'historien allemand Hartmut Frank. Comme son sous-titre l'indique, cette exposition ambitionne rien moins que d'éclairer deux siècles de relations franco-allemandes dans le domaine de l'architecture et de l'urbanisme. Et elle tient le pari. Les nombreux architectes allemands qui se forment à Paris à la toute fin de l'Ancien régime et qui y poursuivent parfois leur carrière, les Français qui travaillent en Allemagne pendant la période napoléonienne, la controverse à propos de l'origine de l'architecture gothique, le développement des politiques patrimoniales et l'essor parallèle de l'historicisme, l'utilisation des nouveaux matériaux (fer et béton), l'essor de l'urbanisme et le développement des cités-jardins, le rôle des deux guerres mondiales et des occupations réciproques, l'importance des régions frontalières souvent passées d'un pays à l'autre (l'Alsace-Lorraine et la Sarre notamment), rien n'est laissé de côté. L'ensemble est présenté de manière sobre mais très efficace. Les œuvres (maquettes, dessins, revues) mettent très bien en valeur les interférences qui donnent leur titre à l'exposition. Les cartels ne recopient pas des pages entières du catalogue mais soulignent, de manière très concise, les relations architecturales entre les deux pays, de la Révolution à la deuxième reconstruction. Il aurait d'ailleurs peut-être fallu s'en tenir aux années 1960, car après cette période, et malgré le traité de Élysée dont on célèbre cette année le cinquantenaire et qui avait pour but de renforcer les liens entre les deux pays, les rapports semblent se distendre : les architectes français et allemands cessent d'accorder un intérêt privilégié à ce qui se fait dans leur domaine de part et d'autre du Rhin. C'est probablement lié à une certaine mondialisation de l'architecture, dans laquelle France et Allemagne n'ont pas disparu de la carte mais où elles n'occupent plus qu'un rôle de puissances moyennes, sans rapport avec leur rayonnement pendant la période 1800-1939... Malgré la dernière section chronologique de l'exposition qui convainc donc un peu moins, on ne peut que recommander Interférences. Et pour ceux qui n'aurait pas le temps de se rendre à Strasbourg avant le 21 juillet, ils pourront se rattraper en allant voir l'exposition au musée allemand d'architecture de Francfort qui l'accueillera prochainement. 


Visuel de l'exposition d'architecture "Interférences, Allemagne-France, 1800-2000" au Musée d'art moderne de Strasbourg, jusqu'au 21 juillet 2013.

dimanche 23 juin 2013

Ecoconstruction, moulages et patrimoine à la Cité de l'architecture

Parallèlement aux deux expositions majeures consacrées à Breuer et Ricciotti, la Cité de l'architecture présente en ce moment, plusieurs expositions de moindre ampleur. L'exposition sur les lauréats du "Global award for sustainable architecture" est intéressante (et gratuite), mais très limitée : les projets de trois des cinq lauréats de la dernière édition sont présentés de manière succincte. L'exposition des recherches des élèves de l'école de Chaillot se limite elle aussi à des supports papiers, mais elle est plus conséquente : elle permet de découvrir une vingtaine d'études de cas portant sur des petites villes (surtout dans le Sud-est et le Bassin parisien) n'ayant pas encore valorisé leur patrimoine. Ces deux manifestations dureront jusqu'au premier juillet 2013. Signalons enfin une exposition sur le sculpteur Geoffroy-Dechaume (1816-1892), curieusement scindée en trois parties dont deux n'apportent pas grand chose malgré d'encombrantes installations assez peu fonctionnelles (pour écouter les dix minutes d'explications de la première étape, il faut changer quatre fois de casque...). Cette dernière exposition mérite le détour, même si elle est de facture très classique et assez hagiographique, s'abstenant notamment de remettre en cause les grandes campagnes de restaurations des monuments historiques auxquelles Geoffroy-Dechaume a participé sous la direction de Viollet-le-Duc.

samedi 15 juin 2013

Archiscopie, été 2013

Le numéro 123 d'Archiscopie vient de sortir. Ce numéro d'été compte 32 pages au lieu des 28 habituelles. En plus du programme de toutes les expositions de l'été, on pourra y lire plusieurs articles sur des aménagements ou reconversions patrimoniales, qu'il s'agisse du Vieux-Port de Marseille (François Lamarre), du Refuge du treizième arrondissement de Paris par Le Corbusier (Marie-Jeanne Dumont), du cinéma Louxor à Barbès-Rochechouart (Gwennaël Querrien) ou d'un site minier près de Lens (Bernard Verfaillie). A signaler par ailleurs, un compte-rendu d'une biographie de l'architecte éclectique austro-américain Jospeh Urban (1872-1933) et une critique, assez enthousiaste, de l'exposition strasbourgeoise Interférences qui évoque deux siècles de relations architecturales franco-allemandes. 

Joseph Urban, Rainbow City, 1933.
 

dimanche 19 mai 2013

"Rudy Ricciotti, architecte" à la Cité de l'architecture

La Cité de l'architecture présente jusqu'au 8 septembre 2013 une exposition sobrement intitulée Rudy Ricciotti, architecte. Dans un premier temps, un diaporama un peu statique, évoque les principales constructions de l'architecte, né en 1952 en Algérie. On découvre ensuite quelques moulages qui servent au coffrage des éléments de béton dont se composent la plupart de ses édifices ainsi que quelques-uns de ces blocs de béton, le  tout étant présenté sans beaucoup de précisions techniques. L'exposition ne comporte par ailleurs quasiment pas de maquettes et il faut attendre la dernière section pour découvrir plus en détail les œuvres de Ricciotti, grâce à des bornes interactives très bien conçues (mais ces bornes d'usage individuel sont au nombre de deux seulement...). Une passionnante interview donnée par Ricciotti à Francis Rambert en février 2013 complète l'ensemble : l'architecte y explique son rejet du high tech et du minimalisme d'Europe du Nord et prône une architecture méditerranéenne fondée sur une utilisation audacieuse de bétons très performants. Dans une salle un peu excentrée, on peut enfin voir un autre film commandé par la Cité de l'architecture à la cinéaste Laetitia Masson : il ne faut surtout pas rater ce film un peu expérimental, intitulé L'Orchidoclaste, dans lequel l'architecte n'hésite pas à se livrer.  

On peut regretter la place trop grande faite, dans cette exposition, aux médias audiovisuels et numériques (d'autant plus que les bancs sont encore une fois trop rares pour pouvoir profiter dans de bonnes conditions des documents ainsi diffusés). Mais ces supports sont en fait pertinents et on ne peut que se réjouir du coup de projecteur porté sur un architecte majeur dont l'oeuvre est très intéressante et dont la personnalité s'avère vraiment attachante. 

Ricciotti Rudy, Pavillon noir, Aix-en-Provence, 1999-2006.

"Archiscopie" de mai 2013

Le numéro 122 d'Archiscopie met en une le Mucem de Rudy Ricciotti, édifice récemment achevé qui fait l'objet d'un article de Gwenaël Querrien, en liaison avec l'exposition Ricciotti actuellement présentée à la Cité de l'architecture. 

Ricciotti Rudy (né en 1952), Mucem, Marseille, inauguration prévue en juin 2013.

jeudi 16 mai 2013

Charlotte Perriand sur France Culture

L'émission biographique de France Culture Une vie, une œuvre a récemment consacré une heure à Charlotte Perriand (1903-1999), en interrogeant notamment, à son sujet, l'historien de l'architecture Jean-Louis Cohen. En lien avec l'exposition qui se déroule en ce moment à Saint-Etienne, l'émission insiste particulièrement sur l'influence reçue et exercée par Perriand au Japon.

http://www.franceculture.fr/oeuvre-charlotte-perriand-un-art-d-habiter-de-jacques-barsac.html

dimanche 5 mai 2013

Criticat 11

Le onzième numéro de la revue Criticat vient de sortir. Le sommaire en est, comme d'habitude très varié. On y trouve, par exemple, un article sur une exploration aléatoire de l'est des États-Unis plus ou moins liée à la direction dominante des vents et un autre sur la bibliothèque "rhombicuboctaèdre" de Minsk en Biélorussie. A côté de ces contributions un peu exotiques, la revue continue d'explorer l'histoire de l'architecture de la deuxième moitié du vingtième siècle. Après s'être penchée, récemment, sur le post-modernisme par le biais de Paola Vigano, elle s'intéresse au déconstructivisme, en traduisant un article de Mary McLeod qui montrait déjà, en 1989, tout l’ambiguïté de ce mouvement alors célébré par le MOMA. Quant au dossier de fond de ce numéro 11, il porte sur la notion de développement durable. Valéry Didelon se penche sur l'expérience passionnante du quartier Kraftwerk de Zürich, Françoise Fromonot porte un regard assez critique sur le quartier à la fois écologique et high tech de Bedzed à Londres et Pierre Chabard met en valeur les réponses apportées aux défis du développement durable par les Autrichiens Baumschlager et Eberle dans le nouvel hôpital de Courtrai en Belgique. On pourra rester beaucoup plus circonspect devant la critique du technicisme et l'apologie du bricolage néo-hippie qu'on peut lire sous la plume Cyrille Hanappe... mais l'ensemble mérite, comme à chaque fois, le détour.